Fin de la saison, le constat est encore le même :
que faire des planches abîmées,
des combinaisons défraîchies,
des dérives et leashs en fin de vie ? 

Pas de panique, chez Paddle Paddle, ils sont preneurs. Planches à réparer, combinaisons à recoudre, rien ne les effraie. Cette association, créée par Jesse et Sammy Verhage, Nino Barreiro, Elena Vignerte et Mathieu Maugret a un objectif principal : envoyer des planches, sur lesquelles la plupart des surfeurs ne poseraient plus un orteil, sur les spots les plus défavorisés d’Indonesie. Pour que les locaux puissent profiter correctement de leurs vagues incroyables. 

Qui est derrière Paddle Paddle ?

Au départ, j’ai rencontré Jesse, Sammy et Nino lors d’un voyage à Nias en février 2018. Jesse et Sammy sont Australiens et voyagent quasiment depuis leur naissance. Depuis quelques temps, ils font le tour du monde à vélo.

Mais ils ont eu besoin de donner du sens à leur voyage donc ils s’impliquent à fond dans des associations. Ils l’ont fait notamment avec leurs parents à Bali où ils ont aidé à construire des écoles.

De mon côté, j’ai enchaîné deux CDI comme community manager pour des médias à Paris et après il était temps que je parte en voyage. Cela faisait donc quelques temps que j’avais envie de me lancer dans un projet associatif puisque j’ai fait toutes les études pour autour de la gestion d’entreprise, du management et de la communication.

Donc, pendant notre voyage, on s’est rendus compte qu’il y avait plein de projets associatifs à monter autour du surf. En discutant avec les garçons, je me suis dit “go, on y va”. Mais en fait, ça prend du temps, c’est dur, on ne sait pas par où commencer. Le déclic, c’est quand j’ai rencontré Elena, dont le travail est de trouver des financements pour les associations. Ça faisait longtemps aussi qu’elle avait envie de se lancer dans son propre projet associatif.

Finalement, on se retrouve avec une équipe assez solide de mecs qui bougent un peu partout dans le monde pour repérer des endroits qui ont vraiment besoin de planches et de matériel. Ici ou en Indonesie, je gère la communication et c’est Elena qui s’occupe des finances.

Ce qui est très dur c’est que je ne suis jamais avec Jessie et Sam et qu’ils ne sont pas du tout connectés, donc la gestion de l’association, je vais m’en occuper à 90%. Même s’ils font un gros travail sur le terrain.

Vous amenez des planches dans des endroits défavorisés. Est ce qu’ils sont en demande ? Quel a été le déclic ?

Nous sommes sur l’ile de Nias au large de Sumatra, les enfants ne vont clairement pas à l’ecole, ils n’arrêtent pas de nous dire qu’ils sont en “vacances”. Ils ne font que surfer pendant journée :

ce n’est pas qu’un sport pour eux, ça devient limite une raison de vivre et ils attendent beaucoup du surf.

Mais il n’y a aucun magasin de surf sur l’île et ils n’ont pas les moyens de s’offrir une planche, c’est un sport qui coûte cher. A ce moment là, on aurait pu leur amener juste quelques planches en plus et ça leur aurait carrément changé la vie.

Le déclic, ça a été cette histoire avec Swinto, qui a 5-6 ans. Je suis à l’eau avec lui, je le vois prendre une vague et il ne se lève pas. Là, je ne comprends pas, parce qu’il a clairement un bon niveau. Puis, je le vois sortir de l’eau avec ce tout petit bout de nose de planche. Je réalise qu’en fait, s’il ne se lève pas, c’est parce qu’il n’a pas de planche entière. On discute avec lui et on rencontre son grand frère qui a une super planche, déjà réparée quatre fois, mais elle est entière. Et là, on se dit qu’il y a une véritable envie de la part de ces enfants d’avoir une planche.

Au niveau de la logistique, comment ça va se passer pour déplacer et stocker les planches ?

Pour les stocker, pour le moment, on compte sur la famille d’Elena et pour l’instant, ça suffit. L’avantage, c’est qu’actuellement, sur la dizaine de planches que j’ai récupéré, une seule est cassée en deux, donc pas trop de réparations à prévoir.

A Bali, grâce aux garçons et ce qu’ils ont fait à Padang Bay notamment en construisant l’école, le maire nous prête un hangar qui peut accueillir une centaine de planches. C’est aussi pour ça que je pars en Indonesie à la fin du mois : je vais récupérer un maximum de planches pour les mettre dans le hangar.

Pour l’expedition, si on arrive à avoir suffisamment de planches à Bali, on s’organise avec le maire de Padang Bay pour les envoyer sur les îles autour jusqu’a Sumatra. Il faut se caler sur le système indonésien plutôt que sur le nôtre. Sinon, il y a 90% de chances que le transport de fasse par bateau. Les planches qui sont ici, soit on les envoie par cargo en les stockant dans un conteneur, soit on les envoie au Maroc.

On avait également une piste à creuser : un des contacts des garçons travaille dans une entreprise d’outillage qui possède ses propres vols pour expédier du matériel. L’idee serait de demander à ce genre de boîte d’embarquer les planches comme des marchandises pour les envoyer un peu partout dans le monde.

Vous parlez de planches, mais le surf ça ne se résume pas à une planche. Quel autre matériel rentre dans le projet ?

Évidemment, on récupère aussi tout le reste. Parce que sans dérives et sans leash, c’est compliqué de surfer. Dès qu’on peut, on récupère tout ce qui est petit matériel, même si on communique beaucoup sur les planches.

On va aussi récupérer des combinaisons, Elena en avait déjà quelques unes en stock.

L’avantage, c’est que tout le matériel qu’on récolte, si jamais le projet ne fonctionne pas, on n’aura juste à le donner à n’importe quelle autre association qui le récupère. C’est aussi une des raisons qui fait qu’on y va à fond sans trop se poser de questions. D’autant plus qu’on a un super réseau.

Comment vous comptez en vivre ?

On n’espere pas vraiment en vivre. Les deux Australiens veulent continuer leur mode de vie : vendre des bracelets en parcourant le monde. Mais si je me rends compte que j’y passe beaucoup de temps, effectivement je mettrais peut-être de côté une partie de mon activité en free-lance et si c’est possible, on essayera de dégager un salaire. On est assez optimistes sur la réussite du projet car nous avons vraiment une super équipe avec beaucoup de contacts prêts à nous aider. Notre prochain objectif après la création du compte bancaire, c’est de collecter les dons et les adhésions. Le site internet est déjà fait mais je vais monter un e-shop pour pouvoir vendre des produits dérivés comme des t-shirts et commencer à financer le projet grâce à ces ventes.

Pour l’instant, Mathieu s’envole pour l’Indonesie. Mais on le retrouvera à son retour dans deux mois… 🛫

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